Avant de prendre définitivement le nom de Fort de France, l actuel chef lieu de la Martinique ne cessa d en changer. La ville, appelée Fort Royal jusqu en 1793, fut rebaptisé République Ville ou Fort de la République de février 1793 à mars 1794, puis à nouveau Fort Royal jusqu en 1802. Nommée Fort de France de 1802 à 1809, elle redevint Fort Royal jusqu en 1848, da -te à laquelle le nom se fixa en Fort de France. Mais ses habitants, les Foyalais, héritent tout de même de la première appellation de Fort Royal.
LES ORIGINES DE LA VILLE
Les premiers colons débarquent au Nord de la côte Caraïbe et fondent la ville de Saint Pierre en 1635. Alors que marins et flibustiers des nations Européennes s affrontent dans la Mer des Antilles pour le contrôle des routes commerciales vers le nouveau monde, ils songent à leur dé -fense. Ouvert à tous vents, le site de Saint Pierre se révèle difficile à protéger et peu sûr pour
les navires au mouillage. Du Parquet, part à la recherche d un nouvel emplacement. L intérêt stratégique de la baie de Fort de France, vaste et bien protégée, ne lui échappe pas. Ici, les bateaux seront à l abri.
Le fort Royal, aujourd hui fort Saint Louis, n était au XVIIe siècle, qu un petit éperon volcani- que qui surnageait entre des marécages encombrés de palétuviers, inhospitaliers, propices
aux fièvres, et la mer. Cette espèce de forteresse naturelle offrait alors un abri apprécié contre les cyclones et les raz-de-marée, dans la zone dite du Carénage. C est là que les navires
étaient hissés à terre afin d être nettoyés et leurs coques réparées. Du Parquet, gouverneur puis seigneur propriétaire de la Martinique de 1636 à 1658, entreprit d aménager cette zone.
En 1638 un fortin est érigé sur la rive. Un petit bourg s agglomère lentement sous ses rem- parts. Malheureusement, mis à part l éperon rocheux, toutes les terres voisines appartenaient
à la famille Goursolas qui freina les entreprises de défrichement. Par ailleurs, n ayant pas les moyens de mener à bien les travaux du fort, Du Parquet sefforça d y intéresser la Compagnie
des Isles de l Amérique. Un jésuite, le père Hampteau, fut sollicité par François Fouquet afin d obtenir un rapport sur la fiabilité du site. En 1640, ce dernier émit un avis négatif: la difficulté
de se ravitailler en eau était trop grande et le voisinage du marais rendait le séjour malsain. Il
BLENAC, FONDATEUR DE FORT ROYAL
Charles de Courbon, comte de Blénac, gouverneur des îles du Vent de 1677 à 1683, de 1684 à 1690 et de 1691 à sa mort, en juin 1696, fut le véritable fondateur de Fort Royal. Les nom-
breuses difficultés rencontrées pour obtenir les autorisations des propriétaires, les Goursolas, compliquèrent la mise en oeuvre des premiers travaux de drainage des surfaces marécageu-
ses. On s attacha donc à une conception d ensemble de la ville avant d entreprendre les pre- mières constructions. Prévus pour s étendre jusqu aux alentours de l actuel boulevard du Gé-
néral de Gaulle, les premières rues partaient du rivage. Pendant un siècle, elles s arrêteront au niveau du premier canal de drainage qui deviendra la rue des Fossés, aujourd hui rue Mo-
reau de Jonnès. Dans la direction de la rivière Madame, l ensemble s arrête à la Petite Rue Neuve, l actuelle rue Isambert. A lopposé vers le fort, la Savane était si mal égouttée que, jus-
quau XIXe siècle, un fossé naturel passant près de lentrée du fort, relia la baie des Flamands au Carénage. La ville s ordonna peu à peu autour de l église sur une sorte d îlot volcanique
et gagne progressivement sur la mangrove. Au-delà, on ne trouvait que le presbytère des pè- res capucins qui disposaient d un espace équivalent à celui de la Savane. En 1692, Blénac
eut beau obtenir l autorisation d ôter à Saint Pierre son statut de capitale, mais elle demeura le pôle commercial et intellectuel de l île. La ville du Fort Royal joue désormais le rôle de capi-
tale administrative, militaire et politique mais elle existait si peu que le gouverneur fit construire sa maison dans le fort. Le poumon économique de l île reste Saint Pierre, dont le port de plus
en plus actif concentre l essentiel des échanges vers l extérieur. Fort Royal a beau s agran- dir et s assainir, après l assèchement de ses marécages, la ville ne compte, en 1750, que 4000 habitants, contre 15000 à Saint Pierre.
XVIIIe SIECLE, ESSOR DE LA VILLE SOUS LOUIS XV
En 1762, les Anglais débarquent sur l île et prennent position sur les hauteurs au Nord de la ville. Joli point de vue et plate-forme efficace, surplombant les défenses, pour bombarder sol- dats et habitants. L attaque est un succès, et la ville est occupée. Rendue à la France 9 mois plus tard par le Traité de Paris.
Après la guerre de Sept Ans, 1756 - 1763, parallèlement au mouvement de rénovation urbaine qui se faisait jour en France, la bourgade du Fort Royal connu un essor lié à la fois au dynamis
-me local et à une forte intervention de lé état. Le père Charles François de Coutances, supé-
rieur général des capucins, soutenu par les notables locaux, utilisa des terrains appartenant à son ordre pour établir un collège de garçons au niveau de l actuelle mairie, et une école de fil-
les dont l emplacement est occupé aujourd hui par le Palais de Justice. La future Impératrice Joséphine, née en 1763, y fit des études secondaires peu poussées. Le cimetière, situé primi
-tivement au chevet de léglise, fut transféré hors de la ville, au-delà du canal de la Levée, long temps sillonnée par des barques transportant des malades ou le ravitaillement. On peut enco-
re deviner sa trace le long du boulevard du Général de Gaulle. L actuelle place Fabien s appe -la longtemps place des Quatre Noirs, à cause de la couleur des quatre pièces que les militai-
res recevaient à titre de gratification. Un nouveau quartier, le Petit Brésil, se développa vers le Nord et l Ouest de la ville, entre ce qui est aujourd hui lespace compris entre la place Fabien,
le cimetière, le canal Levassor et la rue Blondel. Un autre quartier naquit alors, en arrière du Carénage. Plus loin, un canal, suivi en partie par la rocade, apporta une eau qui semblait alors
abondante et pure. Enfin, pour protéger la citadelle, l armée s installa sur le morne Tartenson, et, surtout, sur le morne Garnier. La fortification de ce dernier site devint le fort Bourbon, puis
fort de la Convention et enfin fort Desaix. L essor se poursuivit sous Louis XVI. La Révolu- tion arrêta tout. Fort Royal sera de nouveau investie par les Anglais en 1794, à la faveur des luttes intestines entre royalistes et patriotes. L occupation dure 8 ans.
Et la nature n est pas tendre avec eux pendant ce XVIIIème siècle. 1724: inondation. 1762: Epidémie de fièvre jaune. 1766: Cyclone. 1771: Tremblement de terre.
XIXe SIECLE ET DEBUT DU XXe
Renommée Fort de France par décret de Napoléon en 1801,la ville continue dêtre la proie de catastrophes dévastatrices. Tremblement de terre en 1839. Incendie de 1890 qui détruit entiè- rement la ville et ses maisons en bois. Cyclone de 1891.
Dès le début du règne de Louis Philippe, 1830 - 1848, les autorités avaient commencé à se préoccuper de l extension de la ville. Celle-ci se développait alors de façon anarchique au-de-
là du canal de la Levée. Le nom d un nouveau quartier, le Marais du Misérable, suffit à dire l état d abandon et de précarité du lieu. En dépit des énormes destructions du tremblement de
terre de 1839, il fallut attendre le Second Empire pour que la ville change de visage. L exten- sion fut alors marquée par l ouverture d un nouveau cimetière, celui du Trabaud, situé au-delà
de la rivière Madame, où se trouvait le carré militaire. Le Marais du Misérable fut asséché. On ouvrit la route de Didier pour aller chercher une eau qui, longtemps, émerveilla la population de -puis ce jour du 13 juillet 1856 où elle coula pour la première fois à la fontaine Gueydon, située
au Nord du canal Levassor, face à l actuelle rue Antoine Siger. Ville d avenir et base arrière de l expédition du Mexique, Fort de France vit s installer un bassin de radoub qui resta long-
temps le seul des Antilles. La toute nouvelle Compagnie Générale Transatlantique y installa son dépôt de charbon. Sous la Troisième République, le grand incendie de 1890 et le cyclone
de 1891 engagèrent résolument la ville dans la voie de la modernisation. Des matériaux nou- veaux, fer et verre, remplacèrent le bois, trop inflammable, ainsi que la pierre, trop sensible
aux séismes sur ce sol alluvionnaire qui amplifie les vibrations. L architecte Picq, chargé des bâtiments publics, érigea alors, la nouvelle cathédrale, le marché couvert, et la bibliothèque
Schoelcher. Le 8 mai 1902, la destruction de Saint Pierre, fit de Fort de France la capitale ad- ministrative, culturelle et économique de la Martinique. Tout s ordonna autour de ce nouveau centre.
Pour les 6000 réfugiés du Nord seront construit les nouveaux quartiers: Dillon,Terres-Sainville.
LE XXe SIECLE
Cumulant toutes les fonctions, politiques, commerciales, administratives, de l île, la ville pour- suit son développement et dépasse les 50000 habitants au début des années cinquante.
Commence alors, un exode rural massif. Les campagnes se vident, et Fort de France à l ét- roit doit de nouveau s agrandir. En 15 ans à peine, la population double.
En vingt ans la ville et son agglomération absorbèrent le tiers de l accroissement total de la po -pulation de l île. Les nouveaux arrivants s installèrent en masse sur des terrains municipaux ou domaniaux, provoquant le besoin d une politique d expansion qui se mit progressivement
en place à partir de 1958, et ne prit une allure vraiment rationnelle qu avec le plan directeur de 1965, le plan d aménagement de 1971 et enfin les projections prévues pour la fin du XXème siècle. La ville a si bien proliférée que, de nos jours, il faut être très attentif aux panneaux de si-
gnalisation pour savoir que lon sort de Fort de France pour passer à Schoelcher ou au Lamen -tin. La commune s étend sur 44,21 km² et compte, environ 120000 habitants, un tier des ha- bitants de l île.
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