La Victoire du Rhum

Cette motte de terre, qu  on appelait déjà Fort Royal,  avait pour toute fortification  qu’ un double rang
de palissades qui la fermait par le bas, une autre rang sur la hauteur et deux batteries, une sur la poin
-te pour défendre l’ entrée du port, le Carénage, et l’ autre du côté de la rade. La ville était un marais,
il n’ y avait seulement quelques maisons de roseaux sur le bord de la mer, qui servaient de magasins.
Les Hollandais, ne trouvant aucune résistance à terre,  se mirent à les piller,  ils étaient remplis de vin
et d’ eau de vie. Lorsque le commandant voulut les mener à l’ assaut, ils n’ étaient plus en état.
Dans le Carénage une flûte vingt-deux pièces et un vaisseau de quarante-quatre, firent feu de leurs ca
-nons, chargé à cartouches, sur ces ivrognes qui tombaient à chaque pas qu’ ils voulaient faire. Ruyter
venu à terre sur le soir, après avoir passé toute la journée à canonner le rocher,découvre plus de quin
-ze cents de ses gens morts ou blessés. Il résolut de quitter cette funeste entreprise pendant la nuit.
Dans ce même temps, de Sainte Marthe, Gouverneur de l’ île, assembla son conseil et résolut d’ aban-
donner le fort après avoir encloué les deux canons. L’ ennemis avait brisé la plupart des palissades et
abattu une grande partie des retranchements.Les Hollandais prirent ce bruit pour le prélude d’une sor
-tie. Ils se pressèrent de s’ embarquer en désordre abandonnant blessés,  armes et matériel. Les Fran-
çais, épouvantés aussi par le bruit qu’ ils entendaient et qu’ ils prenaient  pour la marche des ennemis
montant à l’ assaut, se pressaient de fuire.
Cette terreur panique fit fuire, assiégés et assiégeants, chacun de son côté.  Le fort est resté à un Suis-
se qui, ennivré la veille, dormait tranquillement.  Il fut fort étonné, sur les six heures du matin, se voy-
ant possesseur de la forteresse, sans amis et sans ennemis.
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