Autres guêpes, autres mœurs. Les Euménidés font partie de la grande famille des Vespoïdes mais diffèrent
des Vespidés  non par leur aspect  mais par leurs mœurs  solitaires.  Ces gracieuses petites  guêpes,  dont
certaines  ne dépassent pas  10 mm de long,  ne forment  pas de sociétés  et  leurs nids,  d’une  très grande
variété  de  formes et  de matières,  ne sont  jamais en papier.  Malgré leur  apparence  fragile,  ce sont  des
guêpes  maçonnes  qui,  armées  de mandibules puissantes  et de  pattes de  devant  porteuses de longues
épines,  fabriquent  du  mortier  en  mélangeant  de  la  terre  ou des  cailloux  avec leur  salive.  L’Eumène d’
Amédée construit son nid sous des pierres ou des rochers exposés au soleil. Celui de l’Eumène pomiforme
a  la  taille  d’une  petite  cerise.

Guêpes de transition entre les sociales et les solitaires
Guêpes de transition entre les sociales et les solitaires

Les Odynères  bâtissent  souvent  leur nid  dans des  tiges  de  roseaux.  Toutes  ces  espèces  sont  surtout
méridionales. La vie de ces insectes solitaires est  bien la plus étrange que l’on  puisse concevoir.  Lorsque
l’Eumène pomiforme voit le jour au printemps, elle est seule au monde.  L’œuf dont elle provient a été pondu
l’été  précédent  par une femelle  fécondée qui a commencé par  entasser dans  un minuscule  vase de terre
gâchée  une provision de chenilles  vivantes mais paralysées  par son venin ( car l’aiguillon des guêpes, à la
différence de celui des abeilles, est un outil de travail avant d’être un instrument de défense ). Les provisions
jugées suffisantes,  elle a pondu un œuf,  suspendu par un fil au-dessus des chenilles,  puis a fermé le goulot
du  vase et abandonné  le nid  pour en construire  un autre  ailleurs ( elle pond  chaque  saison  une vingtaine
d’œufs,  construisant  un nid pour chacun ). La larve attaque vaillamment chenille après chenille ; celles-ci se
conservent  admirablement  bien et  n’offrent  pas trop de résistance  grâce à  l’action  paralysante  du venin.
Deux ou trois  semaines plus tard vient  le moment  de la  nymphose : la larve  s’enferme  dans un cocon et y
demeure de  l’été  au  printemps alors que sa mère succombe  aux premiers  froids  de  l’automne.  Dès  sa
sortie  de cellule  - elle pratique un petit trou dans la paroi -  elle s’accouple  avec un mâle,  puis s’affaire à la
construction d’un nid.  Le même processus  recommence donc et l’on constate avec stupeur que, dans cette
espèce,  jamais  les  enfants  ne  connaissent  leurs  parents,   morts  avant  leur  naissance,  et  qu’ une  fois
adultes,  ils  ne  verront  jamais  leurs  enfants,  abandonnés  avant  l’éclosion.  Mais  la  surprise  se  change
en émerveillement  quand  on apprend  que les  Euménides  connaissent  à  l’avance  le  sexe  des œufs qui
seront  pondus.  Dans " la  Vie des guêpes ", J.-H. FABRE  raconte que  chez  les  Eumènes  les  provisions
emmagasinées  varient  du simple au  double  selon qu’il  s’agit d’un œuf  donnant naissance à un mâle ou à
une femelle. Quant à certains Odynères, qui pondent plusieurs œufs superposés dans des tiges de roseaux,
ils prennent soin de commencer leur ponte par des " œufs-femelles " et de terminer par les " œufs-mâles " ;
les mâles,  mettant moins de temps à éclore,  auront déjà pris leur essor quand  les femelles s’apprêteront à
sortir  et  trouveront  ainsi  la  voie  libre.


Rêve Lémanique