
|
Outre le Rosenburg, centre primitif de la métairie de Stans, cette ville a conservé jusquà notre époque un second siège ayant appartenu à une famille noble, la maison dite Winkelried, sise à lextérieur de lagglomération, à Oberdorf. Elle doit son nom à ceux qui pendant un certain temps furent ses habitants, les Winkelried, mais ce nom ne lui fut attribué quà la fin du XVe siècle. Aujourdhui, la maison Winkelried offre au passant limage dun bâtiment à plusieurs corps, construits à différentes époques et auxquels maints propriétaires ont donné leur empreinte. Nous distinguons plus particulièrement les trois importantes parties suivantes: le noyau moyenâgeux, les agrandissements entre- pris entre 1560 et 1578 par le chevalier Melchior Lussy et enfin les grandes appartenances construites de 1599 à 1602. La partie la plus ancienne a conservé son aspect de tour et se trouve à langle sud; ses murs, dune hauteur de 10 mètres ont une épaisseur de presque un mètre. La tour de la fin du Moyen Age remonte, certes, à lépoque qui a précédé la reprise de cette demeure par Lussy, mais nest pas le siège primitif de la lignée des Winkelried. De nos jours, la chapelle domestique se trouve au premier étage. Vers 1600, elle occupait le rez-de-chaussée, où lavait fait installer le chevalier Lussy lorsquil fut atteint de paralysie. Ce sanctuaire possède un remarquable dallage en couleurs, orné des armes du chevalier Melchior de Lussy et de sa quatrième épouse, Agatha Wingartner. Le reste de laménagement intérieur - le plafond rococo et lautel avec son portrait de Charles Borromée - date de lépoque du landammann Traxler. On trouve encore au rez-de-chaussée, dans la pièce qui forme langle sud-ouest, des fresques représentant des scènes de la Passion; nombre dentre elles ont toutefois été recouvertes de boiseries. Cest à la tour que sadossent les deuxième et troisième habitations. Leurs nombreuses salles et chambres renfermaient jadis bien des choses précieuses et longtemps, la chambre dite dapparat passa pour une curiosité. Elle a malheureusement été vendue en 1882. La salle des fêtes est située à létage supérieur. Son plafond à caissons se trouve aujourdhui au Musée national suisse de Zurich. Lorsquil fit rénover et transformer le bâtiment, entre 1599 et 1602, Melchior Lussy introduisit en Suisse centrale quelques éléments de style italien; un long séjour au sud lui avait sans doute appris à apprécier larchitecture italienne. Lexemple le plus typique de ce style, cest la loggia à trois étages construite au midi; entièrement ouverte à lorigine, elle a plus tard été partiellement maçonnée. Lussy a dailleurs donné à tout le bâtiment, un profil typiquement méridional. Le jardin, entouré de hauts murs, est aménagé au sud-est. Il a gardé jusque vers la fin du XIXe siécle son aspect baroque. Une haute porte, ornée de fresques et surmontée dun auvent largement débordant, donnait accès à la propriété. Fortement badigeonnées, les fresques du panneau extérieur représentent lAnnonciation, celles du panneau intérieur le Couronnement de Marie. Du côté du jardin, on voit encore sur la façade, près de la porte dentrée, le marchepied quemployaient les amazones pour monter sur leur cheval. La thèse selon laquelle la partie centrale de la maison fut le siège familial des chevaliers dOberdorf est rejetée de nos jours par les historiens. Cest vers la fin du Moyen Age que les Winkelried devinrent propriétaires de la demeure qui jusquà aujourdhui a conservé leur nom. Un document de 1506 la nomme " Winkelrietz knaben hofstad ". Après la mort dArnold de Winkelried, la propriété revint en 1524 au futur landammann Heinrich von Matt, mais en 1560 déjà, elle passait aux mains du chevalier Melchior Lussy. Comme tant dautres guerriers qui sétaient enrichis au service mercenaire et étaient revenus au pays dotés de lettres de noblesse royales, Lussy tint à donner un signe tangible de la considération dont il jouit à son retour en faisant construire une maison digne de son nouveau rang. Avec Ludwig Pfyffer, Melchior Lussy fut lun des plus éminents hommes dEtat de son époque. Etroitement lié au cardinal Charles Borromée, il joua un rôle important dans le mouvement de la Contre-Réforme et participa aussi à la vie politique de son canton dorigine. Atteint de paralysie et condamné à une immobilité involontaire, il passa les dernières années de sa vie dans sa demeure de Stans. Après sa mort, la maison quil avait pendant presque quarante ans fait remanier et agrandir revint à ses descendants. La branche principale des Lussy séteignit en 1766, à la mort du dernier fils du banneret Johann Ludwig Aloys Lussy. Sa résidence passa à son beau-fils, le seigneur banneret et futur landammann Jost Traxler et lorsque, à son tour, celui-ci mourut, en 1851, cest son gendre, Karl Georg Kaiser, qui hérita de la maison Winkelried. Erni Winkelried, cité dans un document du 1er mai 1367, est vraisemblablement identique à Arnold de Winkelried qui lors des commémorations nidwaldiennes des batailles figure en tête des soldats tombés à Sempach en 1386. Plusieurs chants guerriers, notamment lhymne de Sempach de Halbsuter, glorifient dautre part son acte héroïque, un acte qui consista à se saisir en toute hâte de lances ennemies pendant une attaque de ladversaire et douvrir aux Confédérés une brèche dans la muraille formée par les longues piques de lennemi. Si, au XIXe siècle, les historiens mirent en doute cet épisode, le reléguant même dans le monde de la fable, ceux de notre époque tendent à le considérer à nouveau comme digne de foi. Dautres représentants de la famille des Winkelried furent landammanns, délégués à la diète et arbitres fédéraux. Le souvenir dun troisième Arnold ( Erni ) en particulier est demeuré vivant; il vécut pendant la seconde moitié du XVe siècle et cest dans sa chambre que délibéra en 1474 un tribunal particulier, la salle de lhôtel de ville sétant avérée trop petite. Nous sommes persuadés que cette chambre nétait autre quune des salles de la maison Winkelried. Son fils Arnold IV, devenu à son tour propriétaire de la maison de Stans, remplit plusieurs charges publiques et participa à divers conflits armés, dont nous ne citerons que les campagnes italiennes. Son frère Heinrich perdit la vie à la bataille de Marignan. Arnold V commanda lui aussi une troupe de mercenaires; Maximilien Sforza, duc de Milan, le nomma même capitaine de sa garde suisse et, en 1514, larma chevalier. Plus tard, il changea toutefois de parti, et aussi d"employeur" et se mit au service de François 1er, roi de France, contre la garantie dune généreuse pension. Une balle mit fin à sa vie vagabonde au cours de la bataille de La Bicoque, en 1522.
|