La bataille
Bataille de Marignan 1515, première défaite des Suisses. La Trémouille et Fleuranges s’étaient avancés sous les murs de Milan et aperçurent les Suisses, ils envoyèrent plusieurs dépêches au connétable Rêve Lémanique
La  Trémouille  et  Fleuranges   s’étaient  avancés sous  les  murs  de  Milan  et  aperçurent  les  Suisses,  ils
envoyèrent  plusieurs dépêches  au connétable  pour lui  recommander  de ranger l’avant-garde en bataille.
Fleuranges  courut  chez  le  roi  qui  s’étonna  de le voir  armé  de toute pièces.
" Et quoi, mon ami, ne savez-
vous  pas  que nous  avons  la  paix ? "
  Fleuranges : " Plus de paix,  armez-vous,  Sire,  l’ennemi  s’avance  et  vous,
Trompettes,  courez  dans tous les quartiers  du camp,  sonnez  l’alarme ! "
Ordre est alors donné de s’armer.  Des
nuages  de  poussière  marquaient  la  route  des  Suisses  et  annonçaient  leur  approche.  François  prit  le
commandement  qu’il s’était réservé.  C’était  la partie la plus avancée de  l’armée  et celle  par conséquent
sur qui devait tomber  le premier effort  de l’ennemi : elle était couverte  d’une nombreuse  artillerie rangée
sur des plates-formes et défendue par un fossé. Le connétable avait jeté hors du camp et au devant du fossé
les Lansquenets,  les bandes noires,  les Gascons de Pierre Navarre  et quelques  compagnies  d’aventuriers
pour défendre  l’approche.  Content de ces dispositions  et de la joie que montraient  les guerriers,  François
1er retourna  au corps de bataille et envoya ordre  au duc  d’
Alençon   son beau-frère,  de se tenir prêt avec
sa division,  à défendre la gauche du camp,  si l’ennemi s’avançait de ce côté, ou à faire passer des renforts
dans  les  endroits  qui  en  auraient  besoin.

L’ artillerie, elle joua le premier rôle à la bataille de Marignan

Il  était  quatre  heures  après  midi  lorsque  les  Suisses  parurent  à  la vue  du camp ; certains qu’on  avait
découvert  leur marche  et qu'on  les attendait  de pied ferme,  ils délibérèrent  un moment  s’ils remettaient
l’attaque  au  lendemain,  pour  donner  le temps  à leurs soldats de se reposer,  ou s’ils marchaient  suivant
leur  premier  plan  droit  au  canon.  Le  premier  avis  fut  adopté  par  les plus  sages  capitaines,  mais  la
multitude,  enivrée  d’une folle  présomption  et transportée  de la rage  aveugle  que leur  avait inspirée  le
discours du cardinal de Sion, fit violence à ses chefs, et leur laissa à peine le temps de former les rangs.  La
pointe du gros bataillon qui devait attaquer le premier fut confiée à une troupe d’élite,  composée de jeunes
guerriers les mieux nés,  les plus beaux  et les plus braves.  Déterminés à vaincre  ou à périr,  ils essuyèrent
sans rompre  leurs  rangs,  sans troubler  leur  marche,  la décharge  de  toute  l’artillerie  et  fondirent  avec
impétuosité sur les Lansquenets  qui soutinrent mal le choc  et ne se battirent qu’en retraite. Un faux bruit et
un soupçon injurieux faillirent à tout perdre : les Lansquenets n’avaient commencé à servir dans les armées
françaises que depuis que les Suisses s’en étaient retirés. Ils avaient entendu parler du traité de Galeras : ils
imaginèrent  que leur perte  avait été résolue,  que les Suisses, leurs éternels ennemis,  l’avaient demandée
comme le sceau de la réconciliation  et que les Français  l’avaient facilement accordée  pour être dispensés
d’acquitter  leur solde ; le départ  subit  de leur capitaine général  avait beaucoup  contribué à accréditer ce
soupçon.  La  retraite  des Lansquenets  intimida  les  Gascons  de  Pierre  de Navarre  qui lâchèrent  le pied
malgré les efforts et les remontrances de ce brave capitaine. Les aventuriers Normands et Picards soutinrent
mieux  le choc  mais,  accablés  par le nombre,  ils allaient  succomber  lorsque  le connétable  fit  sortir des
retranchements  les compagnies de gendarmerie  du duc de Châtelleraut,  son frère,  d’Imbercourt, de Buffi,
d’Amboise, du comte de Sancerre,  et s’avança lui-même après eux.  Ces braves capitaines fondant la lance
en arrêt  sur le bataillon  des Suisses,  se firent jour  en deux  ou trois endroits,  culbutèrent et foulèrent  aux
pieds de leurs chevaux un grand nombre de combattants, mais périrent presque tous dans ce premier effort.
Les Lansquenets,  honteux  de leur erreur,  et voulant laver leur honte,  revinrent  d’eux-mêmes  à la charge
avec une nouvelle fureur.  Les Suisses  qui avaient pénétré jusqu’au canon, et travaillaient déjà à le tourner
sur les restes  de l’armée royale,  furent  repoussés  loin des fossés.  Au corps de bataille,  où commandait le
roi,  la mêlée ne fut  ni moins vive,  ni moins sanglante  : François,  emporté  par son ardeur naturelle et par
l’exemple des braves  qui l’entouraient,  s’enfonça plusieurs fois dans les bataillons Suisses, reçut des coups
dont son armure le garantit,  et donna la mort à plus d’un ennemi.  La nuit  ne sépara  pas  les combattants :
les deux nations acharnées l’une contre l’autre, continuèrent leurs efforts au clair de la lune et à la lueur de
feux qu’on allumait de distance en distance.  Les Suisses  portaient comme les Français l’écharpe blanche :
on ne pouvait  les  distinguer  qu’à  des figures  de clefs cousues sur la poitrine  ou sur l’épaule,  symbole de
leur dévouement  au  Saint-Siège.  L’obscurité  ne  permettait  pas  toujours  de  reconnaître  ces  marques :
plusieurs  Français  y furent trompés  et,  en croyant rejoindre  leur bande  dont ils se trouvaient séparés,  ils
se  mêlèrent  aux  Suisses  qui  les  égorgeaient  impitoyablement.  La  bataille  dura  jusqu’ à  onze  heures
du soir.  Alors les principaux  capitaines  Suisses,  désespérant  de gagner  ce jour-là leur premier avantage,
songèrent  à  rappeler  leurs gens.  N’ayant  ni  tambours  ni  trompettes,  ils firent sonner  les  deux  cornets
d’Uri et d’Unterwald. Ce sont deux énormes cornes de bœuf dont les pâtres de ces Cantons se servirent pour
s’attrouper  lorsqu’ils  secouèrent  le joug  de la maison d’Autriche  et  osèrent  défendre leur liberté.  On les
garnit depuis d’argent  et elles demeurèrent depuis en vénération parmi les ligues.  A ce signal  respecté les
Suisses s’éloignèrent à quelque distance du camp  et attendirent impatiemment le retour de la lumière pour
recommencer le combat.  Les Français de leur côté, épuisés de fatigue, songèrent à réparer leurs forces par
quelques  heures  de sommeil.  Le roi  ne voulant  point  retourner  à sa tente,  reposa quelques instants  sur
un affût  de canon.  Le chancelier  Duprat  envoya trois  courriers  vers  l’Alvianne pour le  conjurer  de faire
avancer l’armée Vénitienne sans perdre un instant,  le second vers Lautrec  et le bâtard de Savoie pour leur
témoigner le besoin qu’on avait de leur présence  et des trois cents lances  qui leur servaient d’escorte, et le
dernier vers Louis d’Ars qui gardait Pavie pour lui demander de préparer en toute diligence des ponts sur le
Pô  et  d’assurer  la  retraite  de  l’armée  en  cas  de  défaite.

Paré au feu      La charge      Feu !!!

Dès que  le  jour  parut,  les  deux  armées,  transportées  d’une  égale  ardeur,  se remirent  en  bataille. Le
connétable  formant  ses dispositions  sur  celles de l’ennemi,  ne  garda  pour  couvrir  l’aile droite  que  les
bandes noires  et les Gascons  de Pierre Navarre.  Les Lansquenets  furent placés au corps  de bataille et les
aventuriers Français  à l’aile gauche commandée par le duc d’Alençon.  La gendarmerie qui était le nerf de
l’armée, fut répartie par égales portions dans ces trois divisions.  On lui avait ménagé des issues faciles pour
tomber à propos  sur l’ennemi  et le prendre en flanc  lorsqu’il serait aux mains de l’infanterie.  Les Suisses,
de leur côté, avaient beaucoup mieux combiné cette nouvelle attaque. Instruits par l’expérience de la veille
qu’ils trouveraient à l’aile droite et au centre la plus vigoureuse réticence,  ils se proposèrent de diriger leur
principal effort  sur l’aile gauche qu’ils soupçonnaient être la plus faible.  Pour en triompher  plus sûrement,
ils détachèrent  un corps de  quinze cents hommes qui,  prenant un long circuit,  devaient  tourner  le camp,
mettre  le feu  aux  bagages  des  Français,  et  après  les  avoir  intimidés  par  ce  spectacle  qui leur  ferait
soupçonner  l’approche  de  l’armée  Espagnole,  les  charger  en  queue  sans  leur donner  le temps  de se
reconnaître.  Il ne s’agissait plus de dérober  cette manœuvre aux Français  et d’occuper tellement  les deux
autres divisions, qu’elles ne pussent envoyer de renforts à l’aile gauche. Un gros bataillon partant le premier
du centre s’avança  avec vingt pièces d’artillerie  à peu de distance  des Lansquenets,  tirant presque à bout
portant  sur cette  division  et paraissant à tous moments  s’ébranler,  sans  cependant  s’avancer  jusqu’à  la
longueur  des piques.  Deux  autres  bataillons,  composés  chacun  de  dix mille hommes,  vinrent  fondre à
grands pas sur les deux ailes de l’armée pour avoir moins à souffrir du canon du camp qui plongeait sur eux
et leur enlever beaucoup de monde. A l’aile droite des Français, les bandes noires furent enfoncées comme
les Lansquenets l’avaient été la veille.  Les Gascons de Navarre, couverts d’une sorte de palissade garnie d’
arquebusiers , arrêtèrent assez longtemps les Suisses pour donner la facilité aux bandes noires de se former
de nouveau  et au connétable  de faire  sortir  la gendarmerie qui,  après  un combat opiniâtre,  les força de
reculer. Le danger fut plus grand à l’aile gauche où commandait le duc d’Alençon ; les aventuriers  Français
furent  tellement  épouvantés  qu’ils  ne songèrent  plus qu’à  s’enfuir ; la gendarmerie  abandonnée  soutint
seule le poids du combat.  Le maréchal  Chabannes,  le brave Vendenesse  son frère,  d’Aubigny,  le duc de
Vendôme,  le compte de Saint-Pol,  à la tête de leurs compagnies,  combattaient  de pied ferme,  résolus de
périr avant  que de reculer d’un pas.  Accablés par le nombre,  démontés  pour la plupart et trop serrés pour
pouvoir  manœuvrer,  ils auraient  succombé  si la fortune  ne leur eût  envoyé  un secours  sur lequel  on ne
comptait que faiblement. Vers les neuf heures du matin,  l’Alviane qui avait marché toute la nuit, s’approcha
avec  la  cavalerie  Vénitienne,  après  avoir  laissé  ordre  à  ses  lieutenants  d’amener  l’infanterie,  le plus
promptement  qu’il  serait  possible.  A  quelque  distance  du  champ  de  bataille,  il trouva  les aventuriers
Français  qui  fuyaient  sans  savoir  de quel côté  ils tourneraient leurs pas.  Il les arrête pour demander des
nouvelles  de la  bataille :
" Elle  est  perdue ! " " Courage, suivez-moi seulement, nous l’aurons bientôt regagnée ! "
Les bandes,  rassurées par cet air de confiance, prirent le parti qu’on leur proposait. Le premier objet qui se
présenta  fut le détachement  de quinze cents Suisses  qui,  séparés du gros de l’armée,  tournaient le camp
pour aller mettre le feu aux bagages.  L’Alviane le chargea sans balancer,  le rompit et le força de retourner
sur ses pas.  Cet avantage  lui coûta des larmes.  Le jeune compte  de Pétiliane,  fils de son bienfaiteur,  qui
promettait  déjà un jour  d’égaler  la gloire  de son père,  périt dans cette action.  L’Alviane,  sans perdre de
temps, tomba sur la division des Suisses qui pressait l’aile gauche des Français et les obligea bientôt à faire
volte-face.  Surpris de cette attaque imprévue,  pressés en tête et en queue  et ne pouvant plus ni reculer  ni
avancer,  ils  tournèrent  à  droite  et  longèrent  le  front  de  l’armée,  exposés  à  toutes  les  décharges  de
l’artillerie.  Un plus grand danger  les attendait encore : la route qu’ils suivaient  les fit tomber  dans le corps
des Lansquenets  qui couvraient le corps de bataille.  La jalousie qui divisait les deux nations rendit ce choc
terrible, quoique les Suisses désespérant déjà de la victoire, ne songeassent qu’à vendre chèrement leur vie
ou  à  s’ouvrir  le  chemin  de  la  retraite.  Repoussés  de  toutes  parts,  et  plutôt  écrasés  que  vaincus,  ils
se retirèrent enfin, plaçant au milieu d’eux les blessés,  et reprirent la route de Milan,  la rage dans le cœur,
la même fierté dans les regards,  marchant  en silence,  à pas lents,  sans désordre  ni confusion  et tournant
quelques  fois  la  tête  pour  voir  si  quelqu’un  les  suivait.

Ferdinand Hodler, La retraite de Marignan

Les capitaines  Français,  assemblés  autour du roi,  délibéraient sur le parti  qu’on devait prendre.  Les plus
jeunes et les plus emportés  étaient d’avis qu’on marchât  sur-le-champ  à la poursuite et s’indignaient qu’on
perdit à  délibérer  le moment  d’agir.  Ils  représentaient  que tout  ce qu’il y avait  de plus  brave  parmi les
Suisses était mort ou blessé,  que les autres, quelque contenance qu’ils affectassent, ne soutiendraient point
une nouvelle  charge  et fuiraient à la débandade  dès qu’ils  se verraient  poursuivis,  qu’il ne fallait  pas se
borner  à les dissiper,  mais profiter  de leur  étonnement  pour leur  enlever  les forteresses de Locarno,  de
Lugano,  de Bellinzona  et de la Valteline  qu’ils avaient  usurpé  sans  titre et pour lesquelles  on leur  avait
inutilement  offert  la somme de  trois cents mille écus,  qu’on pourrait  alors  se vanter d’avoir  terrassé leur
orgueil  et les regarder  comme véritablement  vaincus  puisqu’il ne tiendrait plus qu’au roi  de les faire tous
périr de faim  en mettant des garnisons  dans ces forteresses  et en défendant par un édit la traite des bleds.
Que  jusqu’à  ce que cela  fût exécuté,  la victoire  sanglante  qu’on venait  de remporter  était  parfaitement
inutile,  puisque tenant en leurs mains les clefs de l’Etat de Milan, ils y reparaîtraient au printemps prochain,
ou même avant la fin de l’hiver,  plus fiers  et plus formidables  qu’auparavant.  Qu’on devait faire  attention
combien  la conduite  qu’on tenait  à leur égard était  propre à augmenter  leur présomption et  leur orgueil.
Qu’ils publieraient partout qu’après être venus défier et assaillir dans son camp un roi de France à la tête de
toutes les forces de son royaume,  ils avaient tellement intimidé  cette noblesse française, autrefois si brave,
qu’elle avait regardé  comme un triomphe  d’avoir défendu  son camp pendant deux jours  et n’avait pas eu
le courage  de  les inquiéter  dans leur  retraite.  Ceux qui  pensaient  qu’on devait  laisser  aller  les Suisses
s’autorisaient  d’abord  de ces  maximes  proverbiales :
" qu’il faut  faire  un pont  d’or  à un ennemi  qui  fuit ; qu’il
ne faut point  se battre contre les désespérés. "
Ils citaient  la fameuse journée de  Poitiers, et un grand nombre
d’autres exemples,  où une poignée d’hommes  réduits  au désespoir  avaient triomphé  des armées les plus
formidables.  Descendant  de ces  généralités  au cas  présent,  ils demandaient  si des hommes,  qui depuis
vingt-quatre heures  n’avaient  ni bu  ni mangé,  qui étaient  accablés  de lassitude et tombaient d’inanition,
étaient  bien propres  à recommencer  sur-le-champ  un troisième combat et, au cas où ils trouvassent assez
de  force  et  de courage  pour  l’entreprendre,  si leurs  chevaux  ne succomberaient  pas  sous  le poids  du
travail ? Ils demandaient encore si l’objet  qu’on se proposait méritait  les risques qu’on voulait courir  et s’il
était de la prudence  d’exposer la gloire acquise  dans les deux combats précédents,  la personne du roi,  la
conquête certaine du duché de Milan,  pour empêcher quelques milliers de Suisses  de retourner dans leurs
montagnes ? Ils  montraient  que  ce  serait  s’aveugler  volontairement  que  de  regarder  la  conquête  des
châteaux  de  Locarno,  de Lugano  et de Bellinzona  comme  une  suite  naturelle  de  la  victoire,  que  ces
châteaux étaient situés dans des lieux d’un difficile accès, où la cavalerie ne pouvait pénétrer, qu’ils étaient
défendus  par de fortes garnisons  et si voisins des Cantons  qu’avant qu’on s’en fût approché,  ils auraient le
temps de mettre sur pied une nouvelle armée,  d’occuper les défilés et de défier en sûreté toutes les troupes
Françaises, que le projet de soumettre les Suisses était un projet chimérique et ruineux, qu’on ne subjuguait
point un peuple pauvre et guerrier,  qu’au lieu d’accroître et de perpétuer une haine également funeste aux
deux nations, il fallait chercher les moyens les plus prompts de parvenir à une réconciliation, que la France,
enveloppée  de voisins  jaloux,  ne se  maintiendrait  dans une  position  trop enviée  et ne réussirait  à faire
valoir les droits qu’elle avait encore sur d’autres Etats d’Italie qu’en mettant les Suisses dans ses intérêts. On
préféra  dans cette rencontre  le parti le plus sûr  au plus glorieux : les Suisses  ne furent point troublés dans
leur retraite.  Après  avoir déposé  dans  les hôpitaux de Milan  deux mille  blessés,  et laissé à
Massimiliano
Sforza
  quinze cents soldats  déterminés  qui devaient  s’enfermer  avec lui  dans le château,  ils reprirent la
route  de leur pays,  promettant  qu’ils ne tarderaient  pas  à revenir  avec  des forces plus considérables. Le
cardinal  de Sion  qui,  pour satisfaire  sa haine,  venait  de causer  à sa patrie  la plus grande  perte  qu’elle
eût  encore  essuyée,  n’osa  les  suivre : soit qu’il  craignait  les  justes reproches  de ses  compatriotes et la
vengeance de ses ennemis personnels, soit qu’il jugea sa présence plus utile en Allemagne, il se retira avec
Galeas  Visconti  à  la  cour  de  l’empereur.

Locarno, le château      Lugano      Bellinzona vers 1500

Après avoir pris Milan et Crémone, constatant que l’empereur, le roi d’Espagne et le roi d’Angleterre avaient
renouvelé  une ligue  offensive  contre  la France  et  qu’il  ne doutait  pas que ces  derniers fissent  tout leur
possible  pour  y  entraîner  les  Suisses,  François 1er  jugea  plus utile  de les  acquérir  à  sa  cause  tandis
que  personne ne les sollicitait  encore.  Il fut  alors  recouru  à la médiation  du duc  de Savoie  qui proposa
d’envoyer  des ministres  à Genève,  faisant  en sorte  que les  députés  des treize  Cantons  s’y  trouvassent.

Charles Quint      Ferdinand d’Aragon      Henry VIII

Le roi était résolu des les acquérir à quelque prix que ce soit,  persuadé qu’il était que les autres puissances
tenteraient  de  les  séduire  par  des  offres  éblouissantes.  François  1er  avait  maintenant  des vues  sur le
royaume  de  Naples.  Il  consentit  donc à doubler  leurs pensions,  à leur payer  les  quatre cent mille  écus
stipulés  par le traité  de Dijon,  à racheter  pour  trois cent mille  écus  les places  usurpées  sur le duché de
Milan,  sans même y comprendre  le comté  de Bellinzona  dont il prévoyait  qu’ils ne  se dessaisiraient  pas
volontiers.  Il exigea  en revanche que l’alliance qu’ils allaient contracter avec lui fût sans réserve,  qu’il pût
lever dans les Cantons  le nombre  de soldats  qu’il désirerait,  sans avoir besoin du consentement préalable
des diètes  qui ne s’assemblaient  jamais  qu’à grands  frais  et dont  les lenteurs  ne  s’accommodaient  pas
toujours avec l’exigence des affaires.  Malgré le zèle du duc de Savoie, que les deux partis avaient reconnu
pour médiateur, et malgré la facilité du roi qui porta ses offres jusqu’à un million d’écus,  on ne put conclure
d’ alliance  qu’avec  les  huit  grands  Cantons.  Les  cinq  petits  et  les  ligues  grises  qui  se  trouvaient  en
possession  des  places  fortes  qu’ on  voulait  recouvrer  s’ obstinèrent  à  ne  rien  rendre  et  se  retirèrent.
Guillaume de Goussier,  seigneur de Bonivet,  s’étant approché  des places contestées avec un détachement
de l’armée,  en reprit  quelques  unes  avant que les Suisses  pussent venir  les défendre.  Cet  essai  de leur
faiblesse et l’abandon de leurs alliés portèrent enfin les petits Cantons à se joindre aux autres. Mais ce n’est
que lorsqu’ils  n’ont plus été soutenus  que par les  agents  du roi  d’Angleterre et par ceux  du pape que les
cinq petits  Cantons Suisses  cédèrent aux instances des autres Cantons face auxquels ils s’étaient retrouvés
en 1516  lors de l’expédition de Maximilien en Italie forte de quarante mille combattants,  bien secondés par
le cardinal de Sion  qui avait passé  en Angleterre  en habits de marchand  pour achever par sa présence et
par ses discours de déterminer Henri VIII à la guerre.  Revenu en Suisse, il publiait des libelles diffamatoires
contre  les Français,  exhortant  ses compatriotes  à venger  ceux qui  s’étaient immolés  pour la  défense de
l’Italie  et du Saint-Siège.  Il leur promettait  des gouvernements  et des terres de la part de l’empereur et de
grosses pensions de la part du roi d’Angleterre. Il promettait aussi des indulgences et des bénédictions de la
part du pape ! Avec l’argent de l’Angleterre, il leva une armée de quatorze mille combattants qui allèrent se
joindre à l’armée  de l’empereur  sous la bannière des cinq petits Cantons.  Le roi avait quitté l’Italie avec le
gros de ses troupes.  Dans un péril  si pressant,  le connétable  s’adressa à ceux des Cantons qui avaient fait
alliance avec le roi.  Albert  Lapierre,  magistrat de Berne,  ennemi personnel du cardinal de Sion,  obtint la
permission de lever et de conduire au secours des Français un corps de douze mille hommes.  On décida de
défendre  Milan,  ce  qui  signifiait  que  des  Suisses  se  retrouvaient  dans  deux  partis  opposés.

Soldats, début du XVIème siècle

Les cinq  petits Cantons  cédèrent aux instances  des autres Cantons  qui les conjurèrent  de ne point donner
atteinte  par une opiniátreté déplacée  à une union  qui assurait  la tranquillité  générale  et de ne pas aigrir
une  puissance  qui  pouvait  désormais  faire  tant  de  bien  ou  tant  de  mal  à  la  république  helvétique.