
Source principale : Histoire de France, M. Garnier, Tome XXIIIème, Saillant & Nyon, Paris 1774.
![]() François, comte dAngoulême, unique rejeton de la branche des Valons et descendant au 5ème degré du roi Charles V, est né à Cognac le 12 septembre 1494. Il perd son père à lâge de deux ans et il resta sous la tutelle de sa mère, Louise de Savoie, et de Louis, duc dOrléans, parvenu à la couronne sous le nom de Louis XII qui, ne pouvant plus assurer cette charge, le confia à Pierre de Rohan, maréchal de Gié. Tombé en disgrâce, le maréchal a été remplacé par Arthur de Goussier, seigneur de Boisi. François fut élevé dans le château dAmboise. Bravoure, galanterie, dévotion étaient quelques unes de ses maximes qui lont amené au suprême mérite, le titre de chevalier. Constatant que cette éducation était insuffisante, Louis XII sest hâté à y remédier. Il le fiança à sa fille aînée, Claude. François avait 14 ans. Il pris immédiatement un goût particulier pour les lettres et une prédilection pour les savants. Sa taille avantageuse, son visage toujours serein, un abord facile, ses manières nobles et aisées, et cependant modestes, une éloquence naturelle et une générosité sans borne, telles étaient ses dons naturels qui ont charmé ses courtisans et ont fait germer lémulation dans tous les curs. Le 1er janvier 1515, à 21 ans, François parvint au trône et il fût le premier monarque français à porter le nom du peuple quil gouvernait. Il signala immédiatement son avènement par des promotions et des libéralités bien placées. On remercia Dieu davoir donné à la nation un roi qui, dans un âge si tendre, montrait une sagesse consommée. François montra que non seulement le roi devait la justice à tous ses sujets, mais quil la leur devait dans un lieu fixe et par leurs juges naturels, que ceux qui déclinaient les tribunaux ordinaires, étaient ordinairement des hommes puissants et injustes qui voulaient étouffer le cri des malheureux quils avaient dépouillés.
![]() Mais pour lui tout cela était des détails ! Des soins plus analogues à son âge et à son caractère loccupaient tout entier : il était impatient de laver dans le sang des ennemis la honte des armes françaises entre autres à Novare, dabaisser lorgueil des Suisses et de signaler son avènement au trône par le recouvrement du duché de Milan. Les fonds et les troupes avaient été préparés par son prédécesseur. Les troupes étaient répandues dans la Bourgogne et le Dauphiné et nattendaient que larrivée du roi pour se mettre en marche. On devait pourtant attendre prudence et circonspection de la part du jeune prince avide de gloire qui ne croyait rien dimpossible à son courage. A ces motifs se joignaient les instances des Vénitiens qui, depuis deux ans, soutenaient dans leur province une guerre malheureuse et inégale contre les troupes réunies du pape, Léon X, de lempereur, Maximilien, et du roi dEspagne, qui, en sunissant, pouvaient fermer à jamais aux Français le chemin de lItalie. Ses conseillers estimaient lentreprise hasardeuse car elle emploierait toutes les forces de France et laisserait les provinces sans défense pendant plusieurs mois ou même plusieurs années. Cela pouvait donner des idées dangereuses à lempereur, au roi dEspagne, Ferdinand, au souverain des Pays-Bas et même au roi dAngleterre dont Louis XII avait épousé la fille, Anne de Bretagne, 22 ans, pour dissoudre la ligue sous laquelle il était prêt de succomber.
![]() François acquit rapidement la conviction quil avait la liberté de conduire toutes ses forces en Italie sans avoir à redouter quoique ce soit du côté de ses frontières. Encouragé par le succès de ses négociations, il envoya des ambassadeurs au pape, à lempereur, aux Suisses et à Ferdinand le catholique. Ferdinand, vieux et sans enfant, ne désirait pas la guerre. Il se fichait de savoir qui des Italiens ou des Français posséderaient le Milanais sur lequel il ne formulait aucune prétention. Il lui était plus commode et facile de les arrêter au pied des alpes avec le secours de lempereur, du pape et des Suisses que dattendre quils viennent lattaquer sous les murs de Naples. Il promit de ne pas entrer en France sil nétait pas provoqué, mais il ne voulut signer ni trêve, ni paix à moins que le duc de Milan, le pape et les Suisses ny soient formellement compris.
![]() Maximilien navait ni troupe sur pied, ni argent pour en lever ; il voulait pourtant ralentir lardeur des Français et gagner du temps. Il envoya un ambassadeur en France que lon ne regarda que comme un espion titré.
![]() François savait que cétait en Suisse quil fallait déployer principalement toutes les ressources de la négociation puisque du parti que prendraient les Cantons dépendrait la facilité ou la difficulté de lentrepri- se. Dès son avènement au trône, François avait renouvelé tous les privilèges accordés précédemment aux marchands de cette nation et à tous ceux qui viendraient sétablir en France. Les ambassadeurs ont dû présenter ce décret à la Diète. Ils durent ajouter que si les Cantons avaient reçu de Louis XII quelques sujets de mécontentement, son successeur voulait les réparer. Passionné par la guerre et juste appréciateur du mérite, François avait conçu une estime et une considération toute particulière pour une nation dans laquelle la valeur se transmettait avec le sang et qui comptait autant de soldats que dhabitants. Il voulut leur rappeler que leur alliance avait été utile à la France et quil désirait la renouer sur toutes choses et quun peu plus ou moins dargent ne pouvait arrêter un prince qui ne faisait cas des richesses et de la grandeur quautant quelles lui fournissaient des moyens de sattacher des hommes valeureux et de récom- penser dignement leurs services. Ce discours ne fut apprécié que par un tout petit nombre de partisans secrets de la France. La multitude, fière de se voir caressée et recherchée par lempereur, le pape et le roi dEspagne, enivrée par les déclarations véhémentes du cardinal de Sion, Matthäus Schiner, demanda insolemment aux ambassadeurs sils apportaient la ratification du traité de Dijon. Ne recevant pas de réponse satisfaisante, ils quittèrent lassemblée. François lança le duc de Savoie dans la mêlée pour quil soit mieux écouté, mais il perdit tout son crédit dans la bataille. Les Suisses sobstinèrent à exiger que par le premier article du traité dalliance quon leur proposait, le roi renonçât à toute prétention sur le duché de Milan et même sur comté dAoste.
![]() Le pape Léon X était le souverain qui craignait le plus le retour des Français en Italie. Il craignait de devoir rendre les villes de Parme et de Plaisance dont il voulait faire un état pour son frère. Il craignait également que les Français mettent fin à lautorité absolue quil exerçait sur cette contrée avec laide des Suisses et du cardinal de Sion. Qui était le cardinal de Sion sur le plan politique ? Il voulait simplement flatter le roi sans trop se compromettre personnellement, expliquant que les Suisses devaient laisser passer leur fougue qui les rendait incapable découter la raison, qui pouvait venir de la mort soit de lempereur, soit du roi dEspagne qui aurait pu dissoudre leur ligue. Mais ne pouvant convaincre François, il décide de renouveler son traité de ligue offensive et défensive avec lempereur, le roi dEspagne, les Suisses et le duc de Milan. Cette position peu tranchée et des revirements dalliance inquiétant les confédérés, ceux-ci détachèrent quatre mille soldats pour aller se jeter dans la ville de Gênes. Tout cela nétait pas dans lesprit de François qui passa le Rhône et Lyon avec près de cinquante mille hommes. Seize mille Suisses se retranchèrent alors dans les défilés des Alpes doù il paraissait humainement impossible de les déloger. Vu que les Suisses gardaient deux des trois passages ordinaires des troupes françaises de la France à lItalie il fallait que les troupes passent par Nice en raison de la saison. Il était possible de passer par les mers pour obliger les Suisses à quitter les Alpes pour courir à la défense du pays de leurs alliés. François décida de passer à travers les trois obstacles pour déboucher dans les quartiers des Suisses au débouché des montagnes de Gênes. On vint alors lui rapporter quon avait vu en deçà des monts la bannière du Chevalier Bayard. Les Suisses furent informés de ces manuvres et décidèrent de contre-attaquer, ce qui fit fuir les Français en direction dAlexandrie et de Turin qui étaient des places sans garnison et qui étaient excédées par la tyrannie des Suisses. Ces derniers ont été accablé par toutes ces fâcheuses nouvelles et ils ont été inquiets de penser que les Français allaient pouvoir s emparer facilement du Milanais. Ils ont donc demandé de puissants renforts aux Cantons et reprirent la route du Milanais traînant à force de bras leur artillerie quils déposèrent dans la cité de Novare. Certains des principaux capitaines suisses, et en particu- lier Diesbach et Lapierre du canton de Berne invectivèrent publiquement le cardinal de Sion qui, pour satisfaire son avarice et son ambition effrénée, avait conjuré avec le pape et lempereur la ruine de la patrie quil voulait priver de tous les secours pécuniaires quelle tirait de la générosité des rois de France pour la faire rentrer sans combat sous le joug de la maison dAutriche. Informé de ce quon disait de lui, le cardinal fit condamner les capitaines à vingt-quatre heures de prison, ce qui ne fit que les aigrir encore plus. Ils réclamèrent la solde de la troupe quon ne voulait pas lui donner. Ayant obtenu par la force une partie de ce quils réclamaient, ils prirent le chemin de leur patrie avec tous leurs compagnons qui voulurent les suivre. Informé de ces divisions, le connétable de Bourbon jugea le moment favorable pour livrer bataille aux Suisses. Il en informa le roi qui refusa car il ne voulait pas que lon se battit sans lui. Il traversa alors les Alpes avec le reste de larmée dans le but dengager le combat si loccasion sen présentait. Même si les Suisses étaient en petit nombre, ils pouvaient dun jour à lautre recevoir des renforts et ils nétaient séparés des Espagnols et des troupes du pape et de la république de Florence que par le Pô que ces deux armées pouvaient traverser en deux jours sans quil soit possible dempêcher cette jonction. Dans un tel cas, larmée des Suisses aurait alors été aussi forte que cette du roi qui comptait dans ses rangs le roi et tous les princes de sang, lélite de la noblesse du royaume, alors que chez les Suisses, il ny avait que des braves endurcis à la fatigue, mais tirés pour la plupart de la charrue, de la boutique dun charpentier ou dautres professions mécaniques. Une défaite entraînerait la ruine du royaume et une victoire coûterait encore plus de larmes aux vainqueurs quaux vaincus. Il fallait récupérer lEtat de Milan mais il était aussi essentiel de ménager le sang le plus pur de la France. Lempereur, le roi dEspagne et le roi dAngleterre nattendaient que le désastre pour se partager le butin. Le duc de Savoie assistait à cet entretien et, ayant tout à craindre de la victoire des Suisses, il proposa une médiation et en particulier lapplication du traité de Dijon, donc le versement aux Suisses de quatre cents mille écus. Il offrait même trois cents mille autres écus pour lachat des châteaux de Lugano et de Locarno que les Suisses sétaient appropriés sans aucun autre titre que le droit de bienséance. On proposa aux Suisses de doubler la somme des pensions qui avaient été accordées aux Cantons et il proposa même daccorder une paye de trois mois à tous les soldats qui se trouvaient en armes contre lui dans le duché de Milan. Toutes ces conditions et dautres encore furent acceptées par les Suisses et les députés devaient les faire approuver par les Cantons. Les Suisses cependant profitèrent de ce moment dinaction pour se rapprocher de Milan. Le cardinal de Sion passa dans les camps de Laurent de Médicis et de Raimond de Cardonne pour leur demander de ne pas différer la jonction dont le salut commun dépendait. Un pont fut jeté sur le Pô et une partie des troupes le franchit. Ces manuvres furent longuement discutées à Rome entre le pape et ses alliés. Elles furent combattues et Laurent de Médicis dut refranchir le Pô. Le cardinal de Sion était retournés à Milan en emmenant avec lui le trésorier du roi dEspagne, ce qui lui permit de distribuer une solde à ses troupes qui ny comptaient plus ; cette solde leur réchauffa leur courage et les remplit dune nouvelle ardeur.
![]() De son côté, François mettait tous les instants à profit. Il prit Novare. Cest à cette occasion quil pu sapercevoir combien il est dangereux et difficile de commander une armée dont la principale force consiste en soldats étrangers; au mépris de ses ordres, des compagnies de Lansquenets sétaient introduites dans la ville et, craignant pour sa vie, François entreprit de les en faire sortir. Dautres villes furent prises Pavie, Vigevano et Trecate. Son armée avançait et il montrait sa domination aux Italiens qui prévenaient la marche de ses troupes et lui apportaient de toutes parts les clefs de leurs villes.
![]() Larmée, avançant toujours, vint asseoir son camp près de Marignan, tant pour couper la communication des armées dEspagne et du pape avec les Suisses que pour se mettre plus à portée dêtre jointe par celle des Vénitiens qui avaient enfin passé lAdda et sétaient avancés jusquà Lodi.
![]() Tandis que tout semblait se préparer à une action générale, les Suisses donnèrent avis au duc de Savoie que les députés, qui avaient porté aux Cantons les articles arrêtés à Verceil, étaient de retour. Ils amenaient avec eux les principaux magistrats de tous les Cantons suffisamment autorisés à signer le traité, si l on pouvait saccorder sur quelques points qui navaient point été suffisamment éclaircis dans le premières conférences. On convint de se rassembler à Galeras. Parmi les nouvelles demandes que présentèrent ces députés, les unes étaient absolument déraisonnables et ils consentirent à les abandonner : les autres étaient dures pour la France qui devait sacrifier des sommes importantes et ne retirer presque aucun avantage de son alliance avec les Cantons. Le roi décida demprunter les sommes nécessaires à ses principaux officiers pour quelles puissent être distribuées aux Suisses et il les avait envoyées à Biagras avec une escorte de trois cents lances sous la conduite du maréchal de Lautrec lorsque les renforts, attendus avec tant dimpatience par le cardinal de Sion, arrivèrent enfin. Ces renforts formaient seuls une armée aussi nombreuses que celle qui se trouvait déjà dans le Milanais. Les Cantons qui avaient lieu de douter que les nouvelles demandes dont ils avaient chargé leurs députés fussent acceptées, avaient cru devoir les appuyer par la terreur des armes. Tous ces guerriers accouraient en Italie dans lespérance de senrichir : ils apprirent avec chagrin quil était question dun traité qui devait les renvoyer dans leurs montagnes aussi pauvres quils étaient venus. Le cardinal de Sion, considérant de son côté que cette paix allait mettre fin à sa domination, sortit pour les recevoir et noublia rien pour mettre dans ses intérêts les principaux capitaines. Le cardinal réunit ses troupes dans la grande place de Milan où il leur tint un discours dont les but était de critiquer vertement le roi et inciter ses troupes à prendre lor de François : "...épargnez la personne seule du roi qui doit orner votre triomphe et racheter liberté par labandon de ses plus riches provinces ... massacrez, égorgez impitoyablement tout le reste et donnez un exemple qui fasse trembler à jamais tous ceux qui seraient de venir vous attaquer ... Dompteurs des rois, songez que lEurope à dans ce moment les yeux ouverts sur vous, que lItalie attend de votre main la liberté ou des fers, ... que vous êtes chargés de la cause et des intérêts du Saint-Siège qui vous a nommé ses défenseurs ... marchez avec assurance où la gloire vous appelle ... ceux qui mourront pour une cause si sainte sont assurés dun bonheur qui ne finira jamais. "
![]() Après avoir accordé une absolution générale et des indulgences plénières à toute larmée, et après lavoir remplie denthousiasme, de la soif de lor et dune fureur insensée, il fit ouvrir les portes et sortit le premier précédé par la croix et revêtu de ses habits pontificaux.
|